Barranco de San Martín de la Val de Onsera

Date de l'étape : 21 Juillet 2009

Aujourd'hui nous allons parcourir une nouvelle facette de la Sierra de Guara : le barranco de San Martín de la Val de Onsera. Voyage improbable et hors du temps, qui débute de manière classique et qui, à son point d'orgue, nous fait basculer dans un autre monde jusqu'à son ermitage exceptionnel.

Très tôt, nous quittons le refuge de San Urbez en camionnette et longeons des villages perchés sur des collines. Après une longue route, nous dépassons un site exceptionnel de part sa renommée et sa mythologie : le Salto de Roland (« saut de Roland »). Il s'agit de deux sommets voisins séparés par une faille - comme si un puissant seigneur avait tranché la montagne avec un glaive en parts égales - que le dénommé Roland aurait franchi d'un seul bond sur son cheval.

Photo San Martín de la Val de Onsera

Nous arrivons au parking du secteur du Val de Onsera et posons le pied à terre. Le groupe disperse les vivres de la journée dans les différents sacs et se dirige vers des contreforts. Le chemin commence par une descente dans un sentier terreux, puis dans un pierrier enclavé par deux parois rocheuses, se poursuivant dans un sous-bois montant. A une bifurcation, un choix s'impose : à droite le sentier suit un itinéraire aisé sous le couvert des arbres, à gauche passage obligé le long de la roche équipé d'un câble de sécurité. Aventuriers dans l'âme, nous optons pour la seconde solution. Bien vite, le parcours "Paso de la Viñeta" nous mène à un couloir étroit et aérien, en bordure de falaise. La montée jusqu'au sommet est accompagné tantôt par un cordage, tantôt par une main courante. Par moments, nous devons escalader à même les mains. Taillé dans la roche, un escalier nous facilite également la piste en balcon, au bord d'un précipice.

80 mètres plus haut, nous atteignons le col San Salvador (1132 m). Il fait face, depuis le plateau la Viñeta, à de superbes falaises de poudingue peuplées de vautours. Longeant le bord du barranco San Martín, nous remontons une vingtaine de mètres pour atteindre des ruines ; nous faisons halte à l'ombre d'arbres où le déjeuner est de rigueur. Aux jumelles, nous suivons les voltiges des vautours fauves profitant des couloirs ascendants du canyon au fil des courants d'air chaud. Nous admirons aussi en panoramique la vue.

Photo Col San Salvador Photo Barranco San Martín de la Val de Onsera

En début d'après-midi, nous descendons un passage pierreux versant ouest, direction le fond du ravin, pour une visite riche en histoire et de vie religieuse. Le tracé est d'abord facilité par une pente douce, puis il faut poursuivre sur des dalles rocheuses fortement inclinées, sans appui. Après quelques lacets dans une lente progression, une modeste forêt s'ouvre à nous. A travers les feuillages se distingue un clocher. L'ermitage de San Martín de la Val de Onsera est niché au creux d'une paroi rocheuse, coincé en entonnoir proche d'une impasse humide. En pierre de taille, le monastère date du 11è siècle selon certains documents antiques. D'abord occupé par des moines, des femmes l'ont succédé. Quelques siècles passant, un ermite a repris le relais. Cela n'a fait que ralentir son abandon à l'époque de la guerre civile. Aujourd'hui, son entretien est sauvé par les habitants des villages environnants qui viennent en pèlerinage pour prier San Martin.

Le lieu inspire une plénitude hors norme, loin du monde civilisé où le temps s'est figé définitivement. L'air est diffuse et imprégné par des embruns successifs : une cascade se jette depuis les hauteurs et se fracasse sur un amas de rochers, au bout duquel un tuyau filtre une eau délicieuse et abondante. L'édifice religieux abrite une cavité rocheuse où est emménagé un autel.

Photo Ermitage de San Martín Photo Ermitage de San Martín

Nous remontons la falaise jusqu'au plateau la Viñeta. Nous prenons le chemin du retour par une piste boisée et bordée de thym, subtilement nommée "San Martin por senda los burros". Notre descente nous conduit ainsi par l'itinéraire qu'empruntaient autrefois les ânes pour approvisionner l'ermitage. Certaines trouées à travers les feuillages ombragés nous procurent l'occasion de découvrir une vue panoramique du canyon et ses contreforts. Une heure nous suffit à peine pour rejoindre la camionnette, juste à temps pour éviter la nappe nuageuse qui commençait à graviter au-dessus du Val de Onsera.

Après une longue échappée à travers le Parc Naturel de la Sierra et des Canyons de Guara, propulsés sur des routes sinueuses et aux perspectives intéressantes, nous gagnons le hameau typique de Las Almunias au sud de Rodellar. A la croisée des canyons de Peonera, Mascun, Barazil, Balces, ce bourg mérite une attention particulière tant par sa situation privilégiée sur la vallée Rodellar que par son accès rapide aux rios et aux canyons de la Sierra. Notre hébergement pour la nuit s'est établi à l'auberge Las Almunias, du même nom que le village. L'établissement a été bâti en pierre en 1996, sur deux étages et avec une capacité de 32 personnes (4 chambres de 6 places avec lits superposés et 2 chambres de 4 places, toutes avec salle de bain propre, chauffage et couvertures).

Aussitôt notre chambre occupée, nous nous installons en terrasse pour savourer une bière fraîchement méritée. Après un dîner copieux, la digestion s'est accompli au clair de lune, sur le rebord d'un muret, au gré d'une brise légère. Déjà nous commencions à rêver de notre prochaine journée qui s'annonçait intéressante et exceptionnellement longue.

Photo Contreforts San Martín de la Val de OnseraPhoto Auberge Las Almunias de Rodellar Photo Auberge Las Almunias de Rodellar

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