Canyon de la Peonera
Date de l'étape : 23 Juillet 2009Le sud extrême de la Sierra regorge de facettes inédites pour inviter le passionné à de nouvelles balades aquatiques. L'exploration du Canyon de la Peonera est à juste titre une destination privilégiée des amateurs de canyoning et des amoureux des plaisirs oculaires.
Dans la province de Huesca, Bierge est un hameau qui abrite le canyon de la Peonera au fond duquel coule le rio Alcanadre. L'itinéraire de cette nouvelle étape ne nécessite aucune difficulté. Le départ débute depuis le parking du village de Morano. A l'ombre des oliviers, nous traversons un vaste champ. Il nous conduit à un promontoire nous donnant un premier aperçu du canyon. D'en haut, le détroit paraît serein, arrosé par une douce lumière et, creusant son lit dans la roche, se place à l'abri des regards indiscrets. Notre matinée est ainsi ponctuée de balades sur un sentier balisé et de belvédères ensoleillés sur les gorges étroites, dans un paysage de conglomérats rougeâtres. La vue des vasques, des corridors et des langues de sable nous procurent l'envie irrésistible de les fouler dans la seconde partie du programme.
A midi passé, après une descente, nous arrivons au bord du Rio Alcanadre. Nous devons le franchir avec précaution pour gagner la rive droite car le courant dissimule par endroits certaines profondeurs. Nous voilà dans la Fuente de La Tamara, résurgence d'eau très froide qui jaillit d'entre des parois rocheuses et de vertes pinèdes, à l'extrémité de l'entaille de la rivière Alcanadre. La source se manifeste sur un tronçon de rivière plus large. Il est vivement recommandé de profiter de cette piscine naturelle aux eaux émeraudes, scintillant de toutes parts au soleil par des couleurs vives. Un espace agencé en aire de pique-nique, sur un semblant d'ilot, nous amène au déjeuner.
Une trouée est visible au fond de la Fuente depuis lequel sortent des individus en équipement néoprène, avec casque et certains dotés de baudrier de canyonisme et de matériel de progression. Dans le creusement du canyon, un groupe encadré nage vers le bassin translucide.
Entre les parois verticales sculptées par l'érosion, les couloirs sont si exigus que par endroits naît la sensation d'enfermement, voire de nager dans un labyrinthe. Certains passages ressemblent à de profondes crevasses, dans lesquels des intrépides (ou inconscients, au choix) pratiquent le saut de l'ange depuis les terrasses rocheuses.
A l'instant où le soleil se positionne au zénith, nous partons de cet eldorado insolite pour nous engager dans les sinuosités du canyon de Peonera. Débute ainsi notre nouvelle randonnée aquatique pour notre plus grande joie. Occasion de passer d'une rive à l'autre à travers une eau claire et calme nous caressant les cuisses. Cette partie basse du canyon est également sportive. Les gorges se resserrent, il faut gravir des blocs de rocher pour bien cheminer, alternant tantôt en rive droite, tantôt en rive gauche. Les méandres sont nombreux et bientôt, suivant le courant en aval, une multitude de toboggans jalonnent notre sentier rocailleux à l'arrivée d'un nouveau détroit : Fuentes del Puntillo. Le rio Alcanadre poursuit sa folle épopée dans une coupe étroite et profonde, bordée par une végétation abondante. Plus loin, une plage de galets à l'ombre d'une falaise nous invite au repos. Face à nous, une cavité dans la roche est la voie obligée pour les eaux tumultueuses de se faufiler avant de se fracasser dans un mince couloir fluvial. Surveillés par un moniteur, de jeunes canonistes sortent un par un de cette bouche béante et obscure avant d'achever cette virée à la force du courant par un toboggan naturel.
Rapidement, les ressauts rocheux se succèdent au même rythme que les piscines cristallines et de couleur de jade. Les opportunités de sauter les pieds en avant favorisent les plongeons et les figures acrobatiques. Un spectacle hallucinant ! Des gamins en file indienne combattent leur peur du vide et se jettent avec courage. Nous-mêmes, nous sommes attirés par le besoin de nager dans une vasque plus éloignée, nous permettant de nous rafraîchir. Ensuite, sur notre parcours, des gerbes en continue jaillissent d'entre les rochers ; ces eaux tourbillonnantes rappellent le tambour d'une machine à laver, le vacarme en moins et le charme en sus.
Le détroit aboutit alors à un large cordon, pendant que les rives s'écartent. La luminosité est plus diffuse, révélant un immense gué. Des odeurs de romarin nous accompagnent agréablement. Après un virage, nous arrivons à une retenue d'eau, El Salto de Bierge, barrage de 9 mètres et fin du canyon de Peonera. Par ici, les berges sont très fréquentées. Des familles entières dorent au soleil. D'autres font des longueurs dans la rivière. L'attraction majeure de ce recoin authentique est le rebord du barrage donnant la possibilité de s'asseoir et de jouir du paysage. Depuis cette écluse à la flore luxuriante, des jets d'eau surgissent en cascade. Les plus audacieux se lancent dans les chutes pour un plongeon pimenté de sensations fortes. En contrebas, le bassin forme un nouveau segment du rio Alcanadre qui se poursuit en direction du sud au-delà de la Sierra de Guara.
Pour rejoindre un sentier sur la rive gauche, nous devons traverser la rivière jusqu'aux hanches. Hors de l'eau, nous grimpons le flanc d'une colline jusqu'à une plateforme aménagée qui surplombe le barrage. A une brasserie, nous nous délectons autour d'une ritournelle de bière.
Nous prenons route vers l'Est, dans le prolongement du versant sud des Pyrénées espagnoles. Avec une consonance africaine, Alquézar est une cité bâtie sur un piton rocheux de calcaire et perchée à 660 mètres d'altitude, à proximité des gorges du Rio Vero. Ce village mozarabe est original par ses pierres aux couleurs ocres et son aspect de forteresse.
Auberge-refuge située au bout d'une ruelle de sable, au bord d'un champ de romarin, avec vue imprenable sur le Cloître de la collégiale, La Era est un établissement assez frustre éloigné de cette appellation d'auberge. Deux dortoirs avec couchages juxtaposés sur deux étages de plancher constituent son unique confort. Une minuscule porte-fenêtre donne sur un balcon sommaire. Au dîner, une grande tablée est allongée dans le jardin. Nous rejoint alors un autre groupe de Natura mené par Jeannot, le grand patron de l'association. Ils achèvent à l'instant plus de vingt jours de traversée des Pyrénées, du nord au sud, depuis Lourdes jusqu'en Sierra de Guara. Un extraordinaire voyage itinérant d'une centaine de kilomètres, suivant un axe perpendiculaire, idéal pour parcourir une multitude de paysages sans portage et en bivouac !
A la nuit tombée, les illuminations nocturnes ravivent les façades argileuses et médiévales d'Alquézar. Rares ceux qui sont partis se coucher à minuit, alors que la bande à Jeannot descendait encore des litres de vin et de rhum – ou un certain mélange des deux.

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