Canyon du rio Vero. Alquézar

Date de l'étape : 24 Juillet 2009

Cette journée vient clore une série de découvertes des endroits les plus reculés de la Sierra de Guara, avec son lot de canyons, de rios, de falaises abruptes, de cavités, de flore méditerranéenne, de chemins secrets et de vautours nous survolant par dizaines. Elle est aussi la somme de tous les plaisirs visuels et aquatiques que le groupe de Natura a savouré le long de cette semaine.

Semble-t-il, la soirée espagnole suivie par Jeannot et les propriétaires de l'auberge s'est terminée tard. Les tables supportent encore des cadavres de bouteilles renversées et des verres par dizaines traînent dans l'herbe.

Je profite du calme de ces premières heures de l'aube pour flâner dans les ruelles du village. La lumière dorée du petit matin sublime les murailles d'Alquézar, projetant une ombre douce sous une voûte précocement bleutée. Il est impressionnant de constater une multitude d'ermitages à l'entrée du village, comme une invitation au recueillement et à la simplicité.

Photo Alquezar, place principalePhoto Alquezar, Refuge La Era

Après le petit-déjeuner – préparé en l'absence des propriétaires ! -, notre groupe entame une progression sur les pavés du centre urbain pour une traversée tranquille et déserte. Bien vite, nous quittons le village par un chemin conduisant, à travers une garrigue, vers la Colline de San Lucas. De son sommet ensoleillé, nous surplombons les maisons d'Alquézar, toujours sous l'effet du grand sommeil. Depuis l'autre versant, se déploient de part en part crêtes et falaises à la couleur ocre orangé. Une large faille se dessine en contrebas, dans un paysage fissuré mais robuste. Le canyon du rio Vero est considéré comme le plus long de la Sierra de Guara (15 kilomètres environ) et le plus varié dans ses aspects. Son attirance provient aussi de la facilité à le parcourir du nord au sud, depuis Lecina à Alquézar.

Un sentier tracé est visible à flanc de colline, jusqu'à disparaître dans les viscères de l'entaille. A chaque lacet, nous nous enfonçons vers le coeur du ravin, pendant que les parois vertigineuses nous englobent peu à peu de leur manteau sombre et nous éloigne des rayons du soleil matinal. Nous arrivons plus bas au pont romain de Villacantal qui a la caractéristique d'être bâti en angle pour résister à la pression des eaux. Au-dessous coule le río Vero. Par ici, l'air est frais et la rivière peu profonde. Nous évoluons d'abord dans une enclave à ciel ouvert et bordée d'une végétation méditerranéenne adaptée à l'humidité. La roche se dévoile rarement dans ce tronçon. Cette marche facile et aquatique nous amène en moins de trente minutes à une merveille locale. A l'embouchure du barranco de la Fuente, sur la rive gauche, se dresse Cueva de Picamartillos, une superbe méandre sous grotte. Son aspect orangé intrigue autant que sa forme incurvée ; il est bienfaisant de constater que le lit de la rivière Vero ruisselle jusqu'au fond de la grotte avant de poursuivre son cours en ligne droite en aval.

Photo ruelle de Alquezar Photo Colline de San LucasPhoto Pont romain de Villacantal Photo Canyon du rio VeroPhoto Cueva de Picamartillos

L'itinéraire se poursuit sur une passerelle métallique aménagée le long d'une paroi rocheuse, en surplomb du rio. Une seconde passerelle nous transporte à un vieux barrage d'une ancienne usine hydro-électrique. Une belle cascade artificielle déverse le rio Vero dans une vasque profonde d'un bleu turquoise. Cet environnement magique et hors du temps a créé un espace serein, invitation à la baignade et au repos. Sur des rochers blanchis et trempés, nous prenons notre dernier déjeuner ensemble sous le soleil aragonais et les pieds dans l'eau. Nous progressons ensuite dans les Gorges de Castillo, tantôt à gué, tantôt sous le couvert de feuillages. Bientôt, un panneau indicateur nous enjoint à suivre une passerelle pour gagner Alquézar en amont. L'ascension alterne par des escaliers sur planches de bois et sur des rochers creusées à flanc de falaise. Une multitude de passerelles montantes et ombragées s'enchaîne ainsi en remplacement d'un sentier ordinaire.

A notre retour dans la cité médiévale, les rues ne sont pas plus agitées qu'à notre départ quelques heures plus tôt. Les rideaux des maisons sont encore tirés, les balcons vides, les places désertes, les terrasses silencieuses. La présence humaine devient une denrée rare dans cet immense espace de calcaire et sec. Au retour à l'auberge-refuge La Era, nous récupérons nos affaires de la semaine et quittons Alquézar en camionnette. Nous franchissons la frontière française au bout de deux à trois heures, après avoir apprécié une dernière fois la déferlante des paysages aragonais.

Les rencontres culturelles et aquatiques des jours précédents ont frappé tous les esprits par leur diversité et leur humilité sur un territoire voué à la sécheresse. Contraste saisissant qui augure la place aux plaisirs simples mais extrêmes, tel que le canyoning, l'escalade, le VTT, la randonnée, les baignades, ainsi que le culte associé aux pèlerinages. Pays de légendes, le Haut-Aragon cultive le mystère de sa longévité et conjugue son attraction inébranlable avec une soif de l'aventure - et cela à travers un passé abritant un nombre impressionnants d'ermitages, témoins d'une intense vie religieuse révolue aujourd'hui. Nul doute pouvons-nous nous écrier en choeur que la Sierra de Guara est un monument intemporel et le contrefort des Pyrénées !

Photo Vieux barragePhoto Gorges de CastilloPhoto Passerelle du Rio Vero

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