Ouessant, circuit au Nord-Est - 12 km
Ce dernier circuit est à parcourir autant par beau temps que sous une tempête soudaine. La pluralité des colories incite à s'égarer dans la lande pour mieux l'explorer. Les petits sentiers s'enfonçant dans des vallons, à l'abri des regards indiscrets, abondent tellement qu'ils vous permettent d'atteindre les proches hameaux, en vélo, de manière expéditive. Cela donne aussi l'occasion d'approcher le dernier phare de mon expédition : le Stiff.
Depuis une route en mortier, les premières découvertes se concrétisent à la pointe de Penn Ar Ru Meur. D'ici, le regard tombe sur l'île Keller, un imposant bloc rocheux haut d'une trentaine de mètres au-dessus de l'eau et long d'un kilomètre. Son accès paraît chaotique face aux différents courants qui la cernent. Une seule habitation régente cette surface ; elle date de 1912. Les nouveaux propriétaires, dans l'optique d'un chantier de restauration vers 2003, ont eu recours à un hélicoptère pour transporter les matériaux. Cette maison sans électricité évoque, aux yeux des ouessantins et du promeneur du dimanche, une véritable forteresse.
A cette pointe, la majeure partie des éléments déchaînés se confonde. Tantôt venteux, tantôt pluvieux, tantôt ensoleillé ; tout cela à la fois caractérise cet univers mi-marin mi-végétal. Il suffit d'à peine un pas pour être confronté à l'un ou l'autre milieu.
La pointe abrite le petit port de Calgrac'h, au fond duquel se produisit en 1936 le naufrage du cargo « Mykonos ». Un calme certain flotte sur les embarcations légères amarrées non loin d'une crique. A l'est, un sentier longe le littoral parsemé de bruyères. A ma première traversée dans cet environnement, en débouchant sur le fort de Kernic, j'ai essuyé deux bonnes giboulées d'intempéries, à deux minutes d'intervalle. Ce fort construit vers 1860 est identique à celui de la pointe de Pern. Son emplacement correspond à un point panoramique fort intéressant : la baie de Béninou est encadré par la pointe de Penn Ar Ru Meur, à l'ouest, et par la pointe de Cadoran, à l'est, dont vous apercevez nettement sa forme atypique.
Les chemins empruntés après une tempête sont vite inondé, rendant le sol glissant, voire boueux. La flore paraît uniforme, la végétation s'est emparée de ce territoire sans pour autant gêner le randonneur. L'air y est frais, mélange de la senteur marine et d'une lande au parfum de miel.
Vers l'Argoat, des lavoirs et fontaines sont en cours de rénovation. Ces remises en état s'inscrivent, par une association locale, dans une volonté de sauvegarde du patrimoine insulaire.
Aux abords des falaises, les rafales de vent, violentes, alternent entre chaleur et froideur, en un temps très court. Evoluer sur des sentiers humides et par un climat extrêmement variable, engendre une sensation forte, emprunt de singularité et de bouffées d'air pur. L'agitation des courants marins, à proximité, profèrent un brouhaha d'enfer !
Un second rucher d'abeilles noires se dissimule dans la haute végétation, en direction des hameaux. Sa présence est discrète et éloignée de toute invasion humaine.
A l'approche de la pointe de Cadoran, le vent se manifeste dans un souffle puissant à vous décrocher du sol ! Du haut de la pointe, le paysage s'éternise joliment sur une large partie de la côte nord d'Ouessant. Au-delà d'un monticule de récifs surgissant des eaux, se déploient les contours rocheux de l'île Keller. Si l'horizon est clair, apparaît alors, dans un lointain sublime, le phare du Creac'h.
Le territoire du Cadoran est un pays à part, à l'instar des trois précédents circuits déjà narrés. Ici, les courants s'enchaînent dans un tourbillon d'écumes et de déferlantes. Aucun répit dans l'existence nerveuse des marées qui flirtent avec le rail d'Ouessant. Fort d'un tempérament violent, la houle s'accentue de chaque côté de la pointe, renforçant son aspect insulaire. L'Armor révèle ainsi son visage le plus sauvage et ombrageux, tout en conservant sa beauté exceptionnelle. Souvent, les eaux s'ouvrent subitement en se brisant sur un rocher émergé et cela crée une mosaïque turquoise, et elles se retirent en une houle furieuse et impeccable. A la rencontre de deux courants opposés, des fêlures enjolivent ce paysage marin et dualiste.
Vers le sud-est, en terre, se profile le phare du Stiff, édifié en 1696 par Vauban sur le point le plus culminant de l'île (60 mètres au-dessus du niveau de la mer). Les jours de brume, il jaillit des méandres tel un mirage. Il est le premier construit à Ouessant et premier à être visible en approchant des côtes par voie de mer, au départ du continent. Depuis 1978, une tour radar l'assiste dans sa surveillance du trafic du rail d'Ouessant.
Pour atteindre le phare, le chemin est étroit et rase par moments la falaise. La montée est abrupte. A mi-hauteur de l'escalade, un poste d'observation surplombe la baie de Toull Auroz, remarquable par les fleurs s'accrochant le long des falaises.
Au sommet de la colline, face au phare du Stiff, votre regard s'étend sur un ensemble côtier qui se prolonge jusqu'à la baie de Lampaul et ses deux pointes. Vous vous sentez grandi, submergé par une immensité terrestre et marine. Vos poumons se ressourcent, tandis que la contemplation d'Ouessant gagne en grandeur et en profondeur. Un relent de désir favorise la recherche de nouvelles découvertes.
Avant de revenir sur le bourg de Lampaul, par le village du Stiff, préférez une petite balade qui parcourt la baie du Poull Ifern. Vous croiserez sans doute des boucs qui, par défi, vous scruteront du regard depuis les hautes herbes. Des lapins vous couperont même votre chemin en gambadant en retrait, par crainte. Ce sentier mène jusqu'à un plateau herbeux qui domine l'embarcadère du Stiff. Saisissez l'occasion pour assister aux départs et arrivées des navires à passagers. Le cheminement se prolonge également dans les rues du village du Stiff ; les habitations sont à apprécier pour leurs décorations murales, peintes d'une couleur vive.
Ici même s'achève ce quatrième récit de boucles. Et pourtant, revenir en ces lieux chargés de teintes colorées et de féerie constitue à chaque fois une expérience nouvelle. A pied ou en vélo, par temps clair ou brumeux, vous y découvrirez un visage différent, une facette ignorée d'Ouessant. A l'infini, vous retomberez dans le désir de la parcourir de long en large autant de fois que la magie insulaire vous frappera au cur.
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