Ouessant, circuit au Nord-Ouest - 12 km
En fin de chaque semaine, une floraison de vélos éclore dans les rues de Lampaul et les sentiers. La randonnée à pied demeure de loin la meilleure manière pour découvrir la côte nord-ouest.
Le départ s'effectue à la sortie du bourg de Lampaul, au-dessus de l'hôtel restaurant "Roc'h ar Mor". Le sentier côtier démarre depuis un panneau de bois mentionnant "Porsnoan". Il longe la baie de Lampaul, sur trois kilomètres, avec d'un côté une lande bien fournie et de l'autre, une marée se fracassant sur les récifs. Des champs et une poignée d'habitations traditionnelles parsèment la promenade. Imaginer que des chanceux propriétaires puissent posséder un tel emplacement immobilier est surnaturel. Le dépaysement est total. Encore davantage à l'approche des premières falaises après le contour d'un petit port encaissé, "Bouguezen".
Seulement un fou de mon style se risquerait à enjamber des précipices ou des pics rocheux pour une maigre série de photos ou admirer le paysage sous un angle nouveau et original. Ceci dit, la contemplation de ces pics, en bordure de mer, mérite de s'y attarder. Ce cadre romanesque est à la hauteur de toutes les espérances !
En amont, sur une terre broussailleuse, se hisse le fort de Loqueltas : ancien témoin d'une époque napoléonienne où les menaces extérieures étaient souvent d'actualité. Le site est bien entretenu. Fouler ce sol sauvage, entre une nature hostile et un milieu marin très prononcé, force le respect. Depuis le fort, je surplombe toute la "pince de crabe" avec vue éloignée de la pointe de Dorz Doun et, à ses arrières, le fameux phare de la Jument, point minuscule dans l'horizon immense.
En m'approchant de la pointe de Pern, un amoncellement de pierre surgit face à moi et c'est toute une perspective rocheuse, sur un terrain incliné, qui s'étale sur toute la longueur. La grosseur de chaque pierre dressée différait selon sa situation et sa position face soleil. Les ombres projetées jointes à une luminosité nuageuse donnaient à cet ensemble un caractère écossais, d'où peuvent apparaître à tout instant un korrigan ou pire : l'Ankou. L'extrémité de Pern est à cette image : des côtes déchiquetées et une pluralité de blocs de pierres qui semblent être des sculptures façonnées à la main. Elles en ont fait leur territoire. Des ruines d'anciennes cornes à brume reflètent un siècle où l'édification des phares n'étaient point encore en oeuvre.
Au risque de me répéter, la végétation est rare. Le promeneur est rapidement confronté aux éléments déchaînés. A marée basse, les écueils battus par l'océan démontrent pourquoi tant de naufrages se sont produits et ont fait la une de l'actualité dans le passé. A la pointe, les vestiges de deux pylônes balisent le chemin aérien jusqu'au phare de Nividic, édifié sur le rocher "Leurvaz An Ividig". Automatisé dès son origine, il a été conçu pour soutenir le phare du Creac'h, proche d'ici, dans le guidage des navires effleurant les côtes. En cas de brume, cette aide est loin d'être superficielle.
Une plage de galets blancs et des chapeaux de pierre bordent un sentier de broussailles jusqu'au phare de Creac'h. N'importe l'endroit où le randonneur se trouve, il a toujours dans sa ligne de mire ce phare en terre hissé sur une colline. Haut de 55 mètres, sa construction finale date de 1862. Sa principale mission consiste dans la surveillance constante du rail d'Ouessant, véritable autoroute des mers dessinée à la suite du choc pétrolier "Amoco Cadiz", le 16 mars 1978. De par sa situation géographique élevée, il est également un point panoramique intéressant sur toute l'île. Depuis 1988, le phare abrite le Musée des phares et balises.
Sa visite est recommandée pour bien connaître l'histoire de l'éclairage et du balisage des côtes. Cette escale est époustouflante et riche en découverte. Dès que l'on se rend compte des efforts déployés pour l'installation des phares sur des rochers peu accessibles, ainsi que dans la prévention des naufrages en mer, nous pouvons davantage faire confiance en l'humanité. Exemple du fameux naufrage du Drummond Castle, un paquebot anglais qui sombra lors d'une nuit brumeuse, le 16 juin 1896, sur un écueil des Pierres-Vertes. Son souvenir tragique, qui fit seulement trois survivants, est perpétué par le musée que consacre l'île de Molène.
Les alentours du phare du Creac'h encouragent le détour. Les vallons sont légions et la mer, continuellement agitée. De loin en loin, quand le ciel est dégagé, s'étend une vue superbe sur le littoral nord avec sa formation abrupte et jonchée de criques. La lande débute là où le territoire rocheux s'achève.
Pour clore ce circuit à l'ouest, une seconde visite est à conseiller. L'écomusée du Niou, dans le village du Niou Izella, est incontournable pour appréhender sa connaissance de l'habitat traditionnel ouessantin. Ouvert au public en 1968 par le Parc Naturel Régional d'Armorique, il est composé de deux maisons datant du 19è siècle, dont le principal intérêt est d'être le témoin de la vie des insulaires de l'époque. Une seule pièce occupait le rez-de-chaussée, découpé en parties égales par des meubles faisant office de façades. La place accordée aux représentations de la Vierge Marie et du Christ démontre à quel point les familles étaient gérées par une existence fondamentalement pieuse et animées d'un mysticisme propre à l'esprit bretonnant.
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