Ouessant, découverte de Lampaul
Pour atteindre Lampaul, unique localité abritant la rare boulangerie, deux mini-marchés et quelques commerces, une route partant du Stiff traverse Penn Arlan et d'autres hameaux.
La majorité des maisons ouessantines ont la même architecture : bâties fin 19è siècle, elles se dressent en murs épais montés en pierre de granite ajustée à la terre argileuse. Les couleurs marine et blanche prédominent, depuis la barrière au bord du chemin jusqu'aux volets du rez-de-chaussée et du premier étage ; par ici les deuxièmes étages sont inexistants. L'association du blanc avec le rouge ou le marron est également utilisée.
4 kilomètres séparent de la maison d'hôte au bourg de Lampaul. Omniprésente, la senteur marine chatouille les narines très tôt chaque matin. Sur place, je cherchais alors le moyen efficace et rapide pour admirer l'océan dans toute son immensité. Une rue principale sillonne le village menant, soit aux différents établissements hôteliers, soit aux principaux sites touristiques. Avant les commerces, une crêperie me brise le regard : sa façade inclinée en arrière renvoie une image ambiguë et non linéaire. Il s'agit d'une "Ti a dreuz", maison penchée en breton. En poursuivant ce chemin, je longe le cimetière et grimpe jusqu'à l'église Saint-Pol Aurélien, dont la construction date de 1860 sur l'emplacement de deux églises antérieures. Le cadre m'est si familier qu'il me suggère aussitôt une des scènes extérieures du film "L'équipier", tourné ici-même en 2003.
Baie de Lampaul
La baie de Lampaul est un port naturel au creux d'une dépression. Les bateaux amarrés demeurent dans une paisible attente, dérangés dans leur tranquillité par le rire des mouettes et l'agitation des canards. Parfois, des enfants du pays s'élancent au pied de la jetée pour s'y baigner avec une rare insouciance.
Cette baie évoque pour tous une "pince de crabe", avec ses deux pointes parallèles aux contours rocailleuses. Epousant ce point de vue, je l'envisage également comme un croissant de lune couchée, à la symétrie douteuse. En effet, ces deux "lames" de la même pince sont de fausses jumelles. Le nord-ouest, balayé par des rafales de vent, est rythmé par une houle souvent agitée, même par beau temps, justifiant son aspect rocheux et ses grèves de galets blancs. La végétation peine d'ailleurs à affirmer une quelconque autorité : l'herbe est rare et ras. A l'inverse, le sud-ouest est parsemé en de nombreux endroits d'un tapis floral multicolore, proche duquel la randonnée pédestre est praticable et agréable. Du coup, le panorama sur la mer d'Iroise est variant selon le lieu d'observation : tantôt bruyante et écumeuse à la pointe de Pern, tantôt douce et transparente aux pieds de la pointe de Porz Doun. Voici deux personnalités contrastées et imprégnées d'une influence particulière pour chacune, qui se partagent le même corps avec une facilité déconcertante. Ces deux caractères opposés mais complémentaires masquent surtout la dangerosité commune de leurs eaux.
Pour les définir, bien que la tâche soit des plus laborieuses, dirons-nous que le nord est à l'instar d'une gifle vive et piquante, tandis que le sud est une caresse aimante et soyeuse ; et ces deux faces sont liées à un squelette aux distorsions nombreuses et aux vertèbres solides.
Parfois, je m'installais sur la butte dominant la baie, proche de la croix de Saint-Nicolas, et, mon carnet d'écriture ouvert sur mes genoux, je rédigeais : mon inspiration se débloquait, les mots se lâchaient en fanfare et fusaient dans tous les sens. Les attraper au vol est devenu, au fil des ans, une véritable endurance.
Gastronomie
La découverte de Lampaul serait imparfaite en oubliant de mentionner ses spécialités culinaires.
Me fiant au flair légendaire du "Petit Futé", je me suis rendu à la Crêperie du Stang, au déjeuner. Au menu, rien que du traditionnel à prix raisonnable. Mon choix s'est porté sur la Molénaise (saucisse aux algues fumées au goémon, assortie de pommes de terre râpé). J'ai enchaîné par une froment traditionnelle garnie à la banane, miel, citron et noix de coco. Deux femmes ravissantes s'occupent du service. La décoration de la salle principale, au rez-de-chaussée, est agrémentée de peintures ou photos ouessantines représentant des marins ou des phares. Le jaune or de la tapisserie assure agréablement la bonne humeur, ainsi qu'une mise en bouche immédiate. Pour faire durer le plaisir et quitter le plus tard ce nid douillet, je savourais lentement chaque bouchée et me plongeais dans une écriture descriptive. Tous les murs flamboyants remémorent les merveilles d'Ouessant.
Autre restaurant à fréquenter, toujours à Lampaul : le Fromveur est implanté dans le bourg, à quelques mètres de l'église. Ma descente chez eux, un soir, était pour fêter mon dernier jour, veille de mon départ. Il m'a semblé le service expéditif au Fromveur ; mais il est demeuré jovial, assuré par un couple de serveur pour une quinzaine de tables vite occupées. Les murs de cet hôtel-restaurant sont tapissés de tableaux au paysage marin.
L'un comme l'autre, ces établissements culinaires sont fortement à conseiller.
Circuits
Le bourg de Lampaul est le point de départ de quatre circuits pédestres, d'une dizaine de kilomètres chacun. Quatre itinéraires, quatre visages différents.
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