Port-Joinville - Ile d'Yeu

Date de l'étape : 04 Mai 2005 - 08 Mai 2005

Un énorme besoin de bol d'air frais a justifié mon penchant pour l'île d'Yeu. Certainement la première d'une longue série sur la découverte des îles.

La traversée maritime à partir du continent, depuis le port de Fromentine, constitue les premières prémices d'un agréable séjour me menant de surprises en surprises. L'océan est magnifique avec ses remous et ses senteurs marines ; le trajet est ainsi toujours empreint d'une forte émotion, autant à aller qu'au retour.

L'arrivée au port de débarquement de Port-Joinville s'inscrit également comme un événement mémorable.

Photo Débarquement à Port-Joinville Photo Bateaux de pêche de Port-Joinville

Mon lieu d'hébergement était situé dans le prolongement de la capitale insulaire, à 500 mètres en direction de Saint-Sauveur. Ouvert toute l'année, il se compose d'un studio, d'une maison et d'un appartement pour 2 à 6 personnes avec kitchenette. J'avais choisi la chambre avec vue sur la mer, un petit chemin y conduisait directement.

Le propriétaire, Didier, est ce genre d'hommes chaleureux dès la première seconde, qui vous accueille les bras ouverts sans vous connaître. Bavard, il l'est ! Les recoins de l'île n'ont aucun secret pour ce grand bourlingueur ; il saura vous conter de nombreuses histoires égayant son quotidien. En cela, il est passionnant. Et quand il commence à dévoiler sa vie, depuis ses années sur le continent jusqu'à son retour sur Yeu, il peut vous tenir en haleine de longues heures ! Demandez-lui aussi ce qu'il pense des autres personnes qui font l'île, ces entrepreneurs, ces commerçants qui se côtoient tous les jours ? C'est cela, la vie insulaire : tout le monde sait qui fait quoi, aucune discrétion n'est possible...

Petit-fils de « crapouillot », Didier a réaménagé la maison familiale pour en établir une structure d'accueil prévenante et sympathique. En dépit de quelques pressions subies pour une éventuelle vente par un promoteur, il garde le sourire et n'oublie pas un instant la chance d'être sur une île, réalisant ainsi le rêve de tout à chacun.

Photo Villa Crapouillot, salle du petit-déjeuner Photo Villa Crapouillot, côté cour

Ma première journée d'expédition s'accomplit à pied, jusqu'à la Pointe du Chatelet, distante de quatre à cinq kilomètres de Port-Joinville. Un bloc de vieilles pierres s'est dressé dans mon horizon. Les pieds dans une eau turquoise et agitée, le Vieux-Château de l'île me renvoyait l'étrange apparence d'une demeure abandonnée et prise dans les tourments d'une faune hostile. La proximité des flots menaçait les pierres d'un écroulement. Rassurons-nous : le support rocheux au-dessous du château semble viable et robuste.

Edifié au 14è siècle, il remplaça un château en bois construit par les moines. C'est Olivier de Clisson, grand bâtisseur de châteaux, qui entreprit les travaux dans le but d'assurer la sécurité des insulaires en cas d'invasion étrangère.

Proche de là, de belles criques à l'abri des regards indiscrets sont à découvrir.

Photo Le Vieux-Château Photo Une belle criquePhoto Pêche en haute mer

Par tous temps, la houle peut se déchaîner et se fracasser sur les récifs et les falaises ; alors la prudence est doublement requise pour toute excursion hors des sentiers battus. Il est vrai, mes plus belles photos ont été effectué après d'incroyables acrobaties entre ou sur les rochers. Pourtant, difficile de s'improviser, ni cascadeur, ni casse-cou.

Pour ma troisième soirée sur ce paradis terrestre, je décidai de m'offrir une formule poissonnière dans un des restaurants de Port-Joinville. Celui du Père Raballand est un endroit privilégié où il fait bon manger. Localisé face au port, place de la Norvège, il jouit des meilleures arrivées fraîches.

L'heure tardive fit que la salle était comble. Une seule place pour deux me sauva à la perspective de chercher ailleurs. Afin de patienter pour ma commande, je sortis mon carnet d'écriture et l'ouvris à une page blanche. Devant moi, un couple de femmes s'était attablé. Le bruit ambiant m'empêchait de comprendre leur conversation animée. Très vite, il fut évident de différencier celle qui était gonflée de colère avec celle qui rassurait l'autre. La position des mains et la mobilité du visage distinguaient aisément le caractère de chacune d'elles. La blonde relatait sa haine ou son incompréhension, par un jeu de regard et une posture de son corps, tandis que la brune écoutait sans fléchir avant de prendre la parole. Les mots de cette dernière adoucissaient à l'évidence son interlocutrice. Or, c'était insuffisant : un pouce levé, suivi par une orientation des mains comme pour accuser ou s'indigner contre quelque chose (ou quelqu'un ?), la femme blonde écartait les mains, les paumes vers le ciel de manière symétrique, parfois les poings dressés, et les ramenait à elles en les plaquant sur la nappe de leur table. Elle me semblait agitée, éprise par une injustice sans bornes. Ce qui me fascinait. A l'inverse, son amie paraissait choisir ses termes, en s'inclinant doucement vers elle, comme pour l'entourer d'une bulle protectrice. Là encore, une certaine forme de résistance et d'agressivité poussait sa compagne à briser cette bulle d'un seul éclair des yeux. En effet, les mots quittaient abondamment et rapidement de ses lèvres. Elle me séduisait par sa gestuelle qui n'en finissait pas. Parfois, son regard croisait le mien car elle ne cessait de pivoter sa tête depuis la brune jusqu'à moi. Je détournai aussitôt mon regard, puis quelques secondes passant je remettais à les observer.

L'une argumentait ou crachait son venin, l'autre solutionnait ou acquiesçait de la tête. L'évidence frappait aux yeux ! J'aurais tant souhaité être une souris pour apprendre leur sujet de conversation, fort intéressante en regard de leur vivacité et leurs échanges verbaux !

Le dessert était également significatif de leur relation. Il s'agissait du même, elles se le partageaient. Signe de conciliation ?

En fin de repas, la brune parlait davantage, préconisait, développait son idée originelle. La blonde écoutait mieux, avide de conseils ou de réconfort - sûrement les deux. Peut-être la fatigue du soir lui imposait-elle une résignation ? Qu'importe, jamais je ne le saurai ! Mon imagination débordante a su combler toutes ces lacunes.

Photo Port de la Meule Photo Plage des ConchesPhoto Bateau Le BarracudaPhoto Rue de Port-Joinville

Mes jours suivants furent idylliques. L'affection que je porte à cette île ne peut être pesée par de simples mots. Il est hallucinant, par contre, de constater la prolifération des engins à moteur : voitures, cars touristiques, vélomoteurs, motocross, etc. Alors, de grâce, laissez votre voiture au parking de Fromentine et parcourez les kilomètres à pied ou en vélo ! Sinon, ce bout de paradis deviendra un terrain de cross grandeur nature... Voilà c'est dit !

Epilogue : le rythme insulaire, très différent de celui du vieux-continent, engendre souvent un décalage horaire quand il s'agit de repartir. En effet, à peine avoir séjourné quatre jours, que déjà je me suis senti en totale rupture avec la réalité.

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